La chasse et la pêche : d'hier à aujourd'hui

Les Amérindiens furent les premiers à profiter des ressources marines riches et variées qu'offraient les Îles. Il y a 8 500 à 2 500 ans, ils se rendirent depuis les Maritimes jusque dans l'archipel, archipel que les Micmacs nommèrent plus tard Menagoesenog : îles battues par le ressac. À compter du 16e siècle, des pêcheurs bretons, normands
et basques pénétrèrent à leur tour dans le golfe en quête de littoraux propices au séchage de la morue. Ils partagèrent alors le territoire avec plus de 300 Micmacs.

Une abondance de ressources alléchantes et vitales

Après nombre d'incursions anglaises et françaises, au milieu du 18e siècle, le peuplement des Îles par des Acadiens débuta. En 1760, leur expérience de la chasse au morse fut mise à contribution par les autorités britanniques pour exploiter les troupeaux rassemblés sur les côtes madeliniennes. Le morse offrait viande et graisse à profusion. La ressource finit par disparaître des Îles en 1799, pour cause de chasse excessive.

La chasse aux phoques est une activité qui permettait de subvenir aux besoins alimentaires de la population en fin d'hiver. Cette chasse traditionnelle, qui est la plus réglementée au monde, suscite aujourd'hui une polémique internationale.
Comptant près de 7 millions d'individus, le troupeau de phoques du Groenland est le plus populeux du golfe du Saint-Laurent, et les pratiques de chasse actuelles sont respectueuses de l'environnement.

Ce fut désormais le commerce de la morue séchée, des peaux et de l'huile de loup marin (phoque) qui permit à la population majoritairement acadienne de survivre.

Les Madelinots dépendent plus des ressources de la mer que la plupart des sociétés de pêcheurs disséminées le long de la côte atlantique qui peuvent compléter leurs revenus (...). Aux Îles, la pêche complète l'apport alimentaire des petites fermes de subsistance, fournit l'engrais pour la culture de la pomme de terre et permet de rembourser le marchand qui avance le matériel nécessaire à la capture et à la préparation des prises. Cette dépendance presque totale à la mer pourvoyeuse compromet souvent les revenus familiaux annuels, quand les mouvées de loups marins passent loin des côtes, quand les havres sont pris par les glaces jusqu'à la mi-mai, quand les tempêtes qui se succèdent empêchent les sorties en mer.1

Au cours du 19e siècle, les habitants renforcèrent l'industrie de la pêche en construisant des goélettes, surtout avec du bois provenant des navires naufragés. À bord de goélettes, certains s'aventurèrent plus loin en mer pour échanger - notamment avec les Américains - sel, rhum, agrès de pêche et denrées de subsistance.

Une abondance surexploitée

Au cours du 20e siècle, on pratiqua aux Îles la pêche côtière au maquereau, au hareng et plus encore la pêche à la morue. Les ressources furent rapidement surexploitées : chaque printemps des morutiers étrangers (américains,hollandais, français) envahissaient les côtes de l'archipel pour s'approvisionner en appât (boëtte), qu'ils utilisaient pour la pêche à la morue près de Terre-Neuve et pour apprêter les cages à homards.

À compter des années 50, le gouvernement encouragea fortement la pêche industrielle pour répondre au marché nord-américain, ce qui coïncida aussi avec l'avènement de l'électricité aux Îles, la construction d'entrepôts frigorifiques et l'arrivée des chalutiers. En raison de la surcapacité des engins et de la surpêche, l'efficacité de la flotte hauturière rompit l'équilibre des populations, et aboutit à l'épuisement des ressources. En 1994, après avoir réalisé les effets de cette surexploitation, on assista impuissants au moratoire sur la pêche aux poissons de fond (morue, sébaste). Certaines espèces de poissons pêchées intensivement pendant de nombreuses années constituent désormais des populations sensibles et donc exploitées avec prudence.

Des moyens de gestion efficaces

De nombreuses mesures de gestion ont été mises en place pour contrôler les ressources de façon durable. Chaque espèce est régie par un ensemble de mesures, comme par exemple : la mise en place de quotas, le contrôle du nombre de permis et de casiers, la mise en place de dates officielles d'ouverture et de clôture des saisons de pêche et l'établissement d'une taille minimale de capture.

La pêche : pierre angulaire de l'économie insulaire

Historiquement et géographiquement tourné vers la mer, l'archipel madelinien a su développer une industrie de la pêche performante. Aujourd'hui, bien que saisonnière, elle est un moteur économique de l'archipel, et elle constitue également le secteur qui génère le plus de revenus. La majorité des opérations se déroule du début avril à la fin octobre. Au plus fort de la saison, c'est plus de 2 000 personnes qui travaillent dans le secteur de la pêche et de la transformation. La flotte madelinienne comporte environ 400 bateaux, lesquels sont rattachés à environ 10 havres de pêche.

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La pêche au Homard d'Amérique commence début mai avec la mise à l'eau des cages, moment fort de la vie aux Îles. Avec plus de 325 bateaux en activité, elle est une pêche de grande importance. Les pêcheurs madelinots sont reconnus pour leurs efforts visant à protéger la ressource, ce qui leur permet de sauvegarder une industrie prospère
et le titre de capitale du homard québécois.

La pêche commerciale au Crabe des neiges est relativement récente au Québec (1967), et elle génère des revenus appréciables dans l'archipel. Les bateaux parcourent une cinquantaine de kilomètres au large pour atteindre les fonds de pêche.

La pêche au Homard d'Amérique et la pêche au Crabe des neiges sont réputées être les pêches les mieux gérées sur la côte atlantique.

La pêche au Maquereau bleu est une pêche côtière qui se déroule entre juin et octobre. À l'aide d'un filet ou d'uneligne à main munie de plusieurs hameçons, le maquereau est pêché pour la consommation, et utilisé comme appât dans la pêche au crabe et au homard.

Également utilisé comme appât et vendu pour la consommation, le Hareng atlantique est l'objet d'une pêche importante qui a lieu au printemps et parfois à l'automne. Aujourd'hui, une partie des harengs pêchés est fumée localement.

À la poissonnerie, il est possible de trouver des poissons et des fruits de mer pêchés localement. Des poissons tels que la Morue franche, le Sébaste atlantique, le Flétan atlantique et les plies, sont pêchés en profondeur, alors que le Maquereau bleu, le Hareng atlantique, le Requin mako et l'Éperlan arc-en-ciel sont pêchés dans la colonne d'eau ; les profondeurs et la colonne d'eau constituant leurs habitats respectifs. On peut également s'approvisionner en homards, crabes, phoques, buccins, pétoncles, moules de culture, coques (Myes communes), palourdes (Mactres de l'Atlantique) et couteaux de mer des Îles.