Dunes et plages à perte de vue

Les dunes sont un trésor qui caractérise le milieu de vie et la culture des habitants des Îles-de-la-Madeleine.

Elles couvrent près de 30% du territoire.

Elles forment la quasi-totalité de la Pointe de l'Est et les terres qui relient les îles entre elles. Les dunes s'étirent sur une longueur de 230 km et ont en moyenne 9 m de haut.

Les dunes veillent sur les Îles

Les dunes sont bien plus que de simples buttes de sable.
Elles jouent un rôle très important : elles protègent la vie sur les Îles.

  • Elles sont à l’origine de la formation des lagunes et des bassins.
  • Elles ralentissent l'érosion des côtes en absorbant l’énergie des vagues.
  • Elles servent d'écran protecteur contre l'inondation et l'ensablement des routes, des  habitations, des milieux humides et des forêts.
  • Elles protègent certaines des nappes souterraines d’eau douce de l'archipel.
  • Elles relient les îles entre elles et permettent aux résidents de circuler d'une île à l'autre. Elles permettent également à tous de bénéficier des services d'électricité et de télécommunications.
  • Elles fournissent un habitat essentiel à de nombreuses espèces animales et végétales et permettent à près de 50 000 oiseaux migrateurs de faire halte ou de nicher aux Îles.

Comment les dunes se forment-elles ?

Au gré des vagues et des marées, la mer dépose les grains de sable sur le rivage, où le vent les assèche, puis les emporte vers le haut de la plage.

Dans leur pèlerinage aérien, les grains frappent parfois un coquillage, une algue, du bois ou des cailloux échoués ; et s’accumulent contre ces obstacles, ainsi qu’au pied des rares plantes qui poussent sur la plage. Avec le temps, cet ensablement crée des bourrelets de sable qui s’alignent tel un pointillé au-delà de la limite des marées hautes. Ce sont les dunes initiales.

Ces dunes grandissent peu à peu et se rejoignent pour former un coteau de sable continu qu'on appelle la dune bordière ou buttereau. Grâce à la présence de l'Ammophile à ligule courte - ou foin de dune - qui retient le sable, la dune bordière prend de l'ampleur et demeure en place, telle une forteresse, entre la plage et les terres intérieures.

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L'Ammophile à ligule courte, l'amoureuse du sable

Ammophile signifie "qui aime le sable"

Ammophile_partiesSur la plage, les longues et minces feuilles de l'ammophile font obstacle au vent, et provoquent la chute des grains au pied de la plante. Alors que l'accumulation de sable gagne en hauteur, l'ammophile pousse toujours plus haut, ce qui permet à l'ensablement de se poursuivre. Les racines et les tiges ensevelies de la plante se ramifient sous le sol et forment une sorte de toile aux mailles bien serrées qui emprisonne le sable et fixe la dune.

Étant donné ses propriétés stabilisatrices, on utilise l'ammophile pour restaurer les dunes endommagées. On prélève des tiges dans un secteur sain, et on les transplante dans les brèches dunaires. Des capteurs de sable sont souvent utilisés au préalable, pour amorcer l'ensablement.

Bien que la plante résiste aux assauts du vent et de la mer, elle est très fragile au piétinement répété. La mort du plant libère le sable, et rend les dunes vulnérables face aux vents et aux vagues.

Trois plantes pionnières sur la plage

Les conditions de la plage sont inhospitalières pour les végétaux. Néanmoins, certaines plantes pionnières – comme l’Ammophile à ligule courte (Ammophila breviligulata), le Caquillier édentulé (Cakile edentula) et la Sabline faux-péplus (Arenaria peploides) - y poussent aisément et s’enracinent parfois tout près de l’eau.

Pour résister aux conditions desséchantes de la plage, elles ont développé des moyens d’adaptation : par exemple, la cire recouvrant la surface de l’ammophile en limite l’évaporation, les minuscules feuilles de la sabline diminuent sa transpiration, et les feuilles charnues du caquillier emmagasinent l’eau. Ces plantes sont également peu exigeantes : les résidus d’algues et d’animaux échoués sur la plage leur fournissent un engrais suffisant.

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Derrière le buttereau...

En s’éloignant de la mer, derrière le buttereau, les conditions s’adoucissent graduellement. L’air et l’eau contiennent moins de sel, les vents diminuent, le sable est moins volatile et les sols sont plus riches en nutriments. Des plantes rampantes, des plantes herbacées et des arbustes bas commencent à s’y installer. Leur présence stabilise le sol. Pour cette raison, cette zone est nommée dune semi-fixée.

Un peu plus loin, quelques arbres rabougris apparaissent, et une plus grande variété d’arbustes, de plantes herbacées, de mousses et de lichens forment une couverture dense immobilisant presque complètement le sable : on dit alors que la dune est fixée ou boisée. Selon la période de l’année, le relief et la fréquence des inondations, l’arrière-dune est plus ou moins gorgée d’eau douce, d’eau saumâtre ou d’eau salée. Accueillant de nombreuses espèces vivantes, les vastes marais, tourbières et marécages ainsi formés contribuent de façon remarquable à la richesse biologique des Îles.

Les Sillons
Dans la section sud-ouest du secteur Dune-du-Sud, même en voiture depuis la route, on peut observer une formation géologique inusitée nommée Les Sillons. Une trentaine de crêtes dunaires fixées par de la végétation et séparées par des dépressions humides s’étendent sur 2,2 km vers l’intérieur de la lagune. Plusieurs hypothèses expliquent leur présence, dont celle selon laquelle elles correspondraient à d’anciennes dunes bordières ; le littoral de la dune du Sud évoluant tranquillement vers l’est.

Comment savoir si la dune est en santé?

Les plages et les dunes se transforment continuellement et cela fait partie de leur dynamique naturelle.

engraissementQui dit automne et début de l'hiver, dit vagues très hautes et à pic, à cause des tempêtes et des vents forts. Lorsqu'elles frappent les dunes, ces vagues ne perdent qu'une légère partie de leur force et reviennent rapidement vers la mer en raclant tout sur leur passage. On dit alors que les plages démaigrissent, c'est-à-dire qu'elles perdent une grande partie de leur sable.

Mais pendant le printemps et l'été, les vagues sont plus douces. Les dunes absorbent une grande partie de leur énergie et les vagues reviennent doucement vers la mer. On dit alors que les plages engraissent, c'est-à-dire qu'elles s'enrichissent de sable, la quantité de sable apportée sur la plage étant plus grande que la quantité de sable retournée à la mer.

Ainsi, en un cycle sans fin, à la fin de l'été, la plage et les dunes regagnent le sable perdu à la fin de l'hiver.

Cependant, pour diverses raisons, cet équilibre peut être rompu et la plage perdra plus de sable qu'elle n'en aura gagné. Dans ce cas, plutôt que d'avoir un profil en pente douce, la dune aura la forme d'une falaise abrupte et reculera à l'intérieur des terres d'année en année.

Utiles à la vie

On trouve sur le rivage et les dunes de sable de nombreux organismes vivants, tous utiles les uns aux autres, et interdépendants.

Pour découvrir certains des oiseaux du milieu dunaire, consultez notre cahier spécial sur les oiseaux des Îles de la Madeleine, disponible sur cette page.

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Le Renard roux

Lors d’une ballade sur la plage, peut-être aurez-vous la chance d’apercevoir un renard ? L’animal creuse parfois son terrier dans les dunes, où il se nourrit d’oiseaux, d’œufs, de rongeurs et de petits fruits. Vous le verrez peut-être de loin, bondir prodigieusement sur sa proie. Son pelage est roux, parfois gris, brun ou même noir, et le bout de sa queue est blanc. On présume que l’espèce parvint aux Îles en hiver, grâce aux glaces couvrant le golfe du Saint-Laurent.

 

coyote_alain_r_2008Le Coyote

Vers les années 2000, quelques coyotes ont été entrevus aux Îles, surtout en forêt, mais aussi en milieu dunaire, où l’animal se nourrit de charognes, d’oiseaux, de rongeurs et même de renards. Son pelage est  un mélange de gris, crème et roux. L'entendrez-vous hurler à la tombée de la nuit ? On présume qu'il serait lui aussi parvenu aux Îles par les glaces. Le coyote chasse généralement seul ou en couple et, rassurez-vous, il a peur des humains.