Attention FragÎles invite le gouvernement Charest à se rendre en Louisiane pour constater l’ensemble des impacts de l’industrie pétrolière dans le golfe du Mexique

20100724_louisiane_00017_pCap-aux-Meules, le 18 août 2010. À l’heure où le gouvernement du Québec consacre ses efforts à conclure une entente avec Ottawa sur la propriété des ressources gazières et pétrolières dans le Saint-Laurent, rien n’est fait pour protéger les populations côtières, particulièrement les Îles-de-la-Madeleine, des impacts d’un éventuel forage au gisement Old Harry du côté de Terre-Neuve. Un moratoire pour l’ensemble du Saint-Laurent s’avère nécessaire, minimalement pour rehausser les exigences techniques, réexaminer les procédures et agir de façon concertée avec l’ensemble des populations côtières du Saint-Laurent. Or, le préjugé favorable du gouvernement Charest pour l’exploitation semble expliquer son inaction à y oeuvrer. Vu la nature des projets et l’importance de la catastrophe dans le golfe du Mexique, nous jugeons essentiel que le gouvernement du Québec se rende sur place pour constater les conséquences de l’exploitation.

Notre visite des lieux aura ancré davantage la conviction que les impacts de cette industrie dépassent largement notre vision et nos connaissances, et que la plus grande des vigilances est de mise avant de choisir de s’y aventurer.

Voici quelques-unes des leçons tirées de notre séjour en Louisiane.

  1. Les impacts de l’industrie pétrolière ne se limitent pas à ceux de la marée noire
    Un état pétrolier est accaparé par de gigantesques parcs industriels lourds. Les infrastructures liées à l’industrie du pétrole, occupant une partie significative du littoral, ont des impacts désolants sur le paysage et paraissent complètement incompatibles avec une industrie touristique florissante. En Louisiane, l’exploitation pétrolière est également responsable d’une accélération de l’érosion de gigantesques zones marécageuses qui sont vouées à disparaitre d’ici 10 ans. Ces marais, qui jouent un rôle crucial dans la protection des terres intérieures, protègent les communautés côtières contre les ouragans. Ils abritent également les premiers stades d'une multitude d’organismes marins dont dépendra plus tard l’industrie de la pêche, première économie des communautés côtières locales.
  2. La dépendance économique créée par l’industrie semble irréversible
    Une fois l’aventure du pétrole commencée, il semble difficile de s’en affranchir. Malgré l’ampleur de la catastrophe environnementale, sociale et économique de la marée noire, plusieurs milliers de résidents réclament la levée du moratoire. Leur dépendance économique ne leur permet plus d’envisager d’autres options.
  3. Les communautés côtières ne semblent pas profiter de la richesse de cette industrieLa Louisiane, le plus gros producteur de pétrole aux États-Unis, demeure l’un des états les plus pauvres du pays. Les communautés côtières, victimes des séismes naturels à répétition et des impacts des changements climatiques toujours grandissants, ont déjà peine à se relever. L’état des pêches demeurera incertain pendant de nombreuses années et l’industrie touristique peut difficilement se développer dans un décor si industrialisé.

Nous n’avons pas vu de pétrole sur les plages en Louisiane, toutes fermées et inaccessibles, mais ce que nous avons vu nous a profondément marqués. L’industrie pétrolière a le pouvoir de transformer le visage d’un territoire et de marquer pour le présent et le futur la vie des gens qui l’habitent.

Nos voisins du Sud envisagent déjà la fin de cette industrie polluante et risquée et veulent se préparer pour assurer, dans le futur, leur sécurité énergétique avec des énergies renouvelables. Ici, nous envisageons de la débuter. Or nous savons qu’elle met en jeu la pêche, le tourisme et la qualité de vie des communautés côtières, c’est-à-direle développement intégré des ressources renouvelables du Saint-Laurent. Pendant notre séjour en Louisiane, au moins six déversements ou marées noires à travers le monde faisaient la manchette.

Nous demandons à nos gouvernements d’aller expressément constater par eux-mêmes les effets dévastateurs et souvent irréversibles de cette industrie.

Peut-être reviendront-ils, comme le ministre de l’Environnement de l'Ile-du-Prince-Édouard, Monsieur Richard Brown, avec la ferme intention d’assurer la sécurité de la population côtière et d’exiger un moratoire dans tout le golfe du Saint-Laurent. Il en va de leur responsabilité à l’égard de tous les Québécois.

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Source : Attention FragÎles
Danielle Giroux, présidente
Îles-de-la-Madeleine